10 millions. C’est le volume, en tonnes, des denrées alimentaires qui sont jetées chaque année en France. Ce chiffre représente l’équivalent d’un repas par semaine, par Français, mis à la poubelle (1) . Dans un rapport de 2016, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) a estimé le gaspillage alimentaire pour le secteur de la restauration collective et commerciale à 1, 33 million de tonnes de produits, soit 21kg par personne et par an (2) . A l’échelle européenne, le gaspillage alimentaire représente 1, 3 milliard de tonnes de denrées alimentaires (3) , les ménages étant le principal secteur à l’origine du gaspillage alimentaire dans l’Union européenne. Ces chiffres sont préoccupants quand on sait que, selon Eurostat, près de 9,6% des européens éprouvent des difficultés à se nourrir correctement.

La France pionnière de la lutte contre le gaspillage alimentaire

En matière de gaspillage alimentaire, la France peut se targuer d’être pionnière, au niveau mondial, en la matière. En effet, depuis la loi du 11 février 2016 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire, les grandes surfaces du secteur alimentaire de plus de 400m2 sont obligées de donner leurs invendus (qu’ils ne peuvent rendre impropres à la consommation) à des associations. Les agents de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) sont chargés de veiller à l’application de cette loi. Ils peuvent sanctionner un distributeur du secteur alimentaire qui enfreindrait la loi d’une amende 3 750 € par infraction ainsi qu’une peine d’affichage ou de diffusion de la décision.

Lutter contre le gaspillage alimentaire, un objectif aux multiples bénéfices

L’entrée en vigueur de cette loi a eu un impact positif pour les associations. Ainsi, près de trois ans après son entrée en vigueur, son auteur et rapporteur, le député de Mayenne Guillaume Garot, estime que les dons aux associations et banques alimentaires ont augmenté entre 15% et 50% selon les départements (4) . Du côté des grandes surfaces, l’entrée en vigueur de cette loi leur a permis de réaliser des économies fiscales en lien avec les dons aux associations, mais aussi des économies liées au coût de traitement des déchets.

Lutter contre le gaspillage alimentaire contribue également à lutter contre le réchauffement climatique. En effet, le gaspillage alimentaire utilise inutilement des ressources rares comme la terre, l’eau ou l’énergie, et de ce fait il contribue au changement climatique. Le Parlement européen avance les chiffres suivants: « (...) pour chaque kilogramme de nourriture produit, 4,5 kilogrammes de CO2 sont rejetés dans l’atmosphère. » (5) . Dans ce contexte, les députés européens ont appelé, en 2017, les Etats membres à diminuer le gaspillage alimentaire de 30% à l’horizon 2025 et de moitié d’ici 2030 par rapport à 2014.

La restauration collective et l’industrie agroalimentaire impactées depuis 2018

La loi Agriculture et Alimentation, entrée en vigueur le 1er novembre 2018, s’inscrit dans le sillage de la loi Garot et de cette volonté européenne en poursuivant l’objectif de lutte contre le gaspillage alimentaire. Parmi les dispositions de cette loi figurent notamment l’extension à la restauration collective et à l’industrie agroalimentaire de faire des dons à des associations, mais aussi la possibilité d’emporter des aliments ou boissons non consommés sur place dans les restaurants et les débits de boissons (pratique aussi connue sous le nom de «doggy bag»).

L’émergence d’un nouveau paradigme, celui d’une économie sociale et solidaire

Beaucoup d’associations et start-up se développent aujourd’hui en cherchant à concilier activité économique et équité sociale. Leur démarche est d’avoir un impact positif sur leur environnement et les personnes qui le composent. Dans le domaine agroalimentaire et de la restauration, la start-up la plus connue est Too Good To Go ; mais il y aussi Zéro-Gâchis, HopHopFood, OptiMiam, Phenix et Comerso. Du côté du tissu associatif, outre les Hôtels Solidaires, il y a aussi la belle initiative des Pâtisseries solidaires qui met en relation des pâtisseries avec des associations caritatives qui vont redistribuer leurs invendus.

 

(1) Source : Article du Monde « En France, le gaspillage alimentaire en chiffres », publié le 7 juin 2018 et disponible via le lien suivant : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2018/06/07/le-gaspillage-alimentaire-en-france-en-chiffres_5311079_4355770.html

(2) Source : Rapport Pertes et Gaspillages alimentaires : l’état des lieux et leur gestion par étapes de la chaîne alimentaire, ADEME, mai 2016, page 137, disponible via le lien suivant : https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/pertes-et-gaspillages-alimentaires-201605-rapport.pdf?fbclid=IwAR0L4SNfqmaa0PvSl-szT4Fejh5BStBH14phsI1gF6yG31HvhI_ljMTSKoM

(3) Source : Site du Parlement européen, article « Infographie : les chiffres du gaspillage alimentaire dans l’Union européenne », publié le 12 mai 2017 et disponible via le lien suivant : http://www.europarl.europa.eu/news/fr/headlines/society/20170505STO73528/infographie-les-chiffres-du-gaspillage-alimentaire-dans-l-union-europeenne

(4) Source : Article sur le site de Franceinfo « Loi anti-gaspillage alimentaire : « 50% de dons en plus » dans certains départements selon l’auteur de la loi, publié le 11 février 2019 et disponible via le lien suivant : https://www.francetvinfo.fr/sante/alimentation/loi-anti-gaspillage-alimentaire-50-de-dons-en-plus-dans-certains-departements-selon-l-auteur-de-la-loi_3185689.html

(5) Source : site du Parlement européen, Ibid.